Es-Saguia, la serveuse
L’autre soir à la taverne
A dit :
J’interdis le vin
A ceux qui
Quand ils en boivent
S’éloignent de moi.
Et elle a continué :
Les autres,
Enivrez-vous de la vie !
Es-Saguia,
N’est-elle pas merveilleuse ?
Es-Saguia, la serveuse
L’autre soir à la taverne
A dit :
J’interdis le vin
A ceux qui
Quand ils en boivent
S’éloignent de moi.
Et elle a continué :
Les autres,
Enivrez-vous de la vie !
Es-Saguia,
N’est-elle pas merveilleuse ?
Une fois pour toute
Que je vous décrive la taverne.
Les murs, déjà, vous étonnent :
Verticale et horizontale
Se confondent.
L’entrée par laquelle vous êtes entrés
N’est pas l’entrée
Mais la sortie.
Ivre, chancelant,
Vous vous dirigez vers la sortie
Mais c’est vers l’entrée que l’on vous mène.
En un mot :
A la taverne, on n’entre pas
De la taverne, on ne sort pas.
Les guirlandes que vous voyiez colorées
Ne le sont plus.
Elles ne sont plus.
Tout est lumière.
Hans était ici
Assis à votre table.
Où est-il ?
Qui êtes-vous ?
Es-Saguia, la serveuse, belle
Elle,
Est là.
Son parfum merveilleux vous imprègne
Il est vous-même
Il est partout
Il est tout.
A la taverne
Il n’y avait hier
Que de grands blonds
Les traits rudes
Avares de mots
Sûrement des germains
Le jour d’avant
Elle était peuplée
D’une gent gesticulante
Dont on aurait dit
Des arabes ou des persans
Une fois
Croyez-moi
Je n’y ai rencontré que des chinois
Es-Saguia, la serveuse
Personne ne s’en étonne
Parle à chacun son jargon
D’une voix merveilleuse …
De la Taverne
On entend souvent dire
Qu’elle est belle.
Belle, la Taverne ?
Hans, quand il a eu son chagrin d’amour
Eméché, il est vrai,
Comme un enfant, je l’y ai vu pleurer.
Ou est-ce à la Serveuse
Es-Saguia
Que l’on pense ?
Mais Elle, n’est pas que belle
Elle est la Beauté
Elle est la Grâce …
Ne prenez pas Es-Saguia
La fille de la Taverne
Trop au sérieux
Certains, parmi les habitués
L’ont amèrement regretté
Aimez-là
Mais sachez :
Elle est imprévisible.
Nul
Ne peut résister
A son regard.
Elle est
Es-Saguia,
La serveuse.
Ses yeux
Sont vert paradis.
A la taverne
Pour être bien vu
Il faut aimer le vin.
Certains,
Exubérants,
Racontent les mines d’or.
D’autres ne disent du bien
Que de la poésie
Ou du désert.
Es-Saguia, la serveuse,
De ceux-là évite le regard
Sans doute
Ceux-ci
Elle préfère …
A la taverne
Le vin est précieux,
Fin.
Mais le verre aussi
Est fragile.
Un verre brisé
Et Es-Saguia, la serveuse,
Se renfrogne …
Es-Saguia, la passante,
Aime bien porter
Des lunettes sombres.
Quelques fois même
Les jours gris.
C’est sa coquetterie.
Une manière de voir
Sans être vue …
(Suite de “Petit Diwan de la Taverne et de la Rue“)
Oh oui ! Il y a eu bien des rixes
A la taverne
Et même de grandes bagarres.
Quand le vin et les femmes
Vous montent à la tête !
Es-Saguia, la Serveuse,
Belle,
N’aime pas
Qu’on s’oublie.
Un homme, dit-on,
Il y a longtemps
Y aurait même poignardé son frère …